mardi 5 novembre 2013

Le cannabis





Voici une plante qui déchaîne les passions. Diabolisé depuis le début du siècle dernier, proclamé emblème de la génération hippie durant les années 60-70, puis retombé sous le coup de la pénalisation dans quasiment tous les pays du monde,  le cannabis n'arrête pas de créer la controverse.

Les stupéfiantes découvertes de la communauté scientifique qui a mis au jour un système essentiel au fonctionnement du cerveau et totalement insoupconné quelques années plus tôt, celui du système cannabinoïde endogène, ont ré-enflammé les débats, et de nos jours plusieurs activistes militent pour la dépénalisation du cannabis en rencontrant plus ou moins de succès.

Mais qu'en est-il vraiment de cette plante? Le cannabis est-il aussi dangereux pour la santé qu'on le prétend? Quels sont ses effets psychotropes? Et y a-t-il réellement à craindre qu'il engendre une dépendance? Ou bien au contraire, possède-t-il des vertus thérapeutiques? Et dans ce cas précis contre quoi peut-il bien agir?

Jeune plant de Sativa exposé au Jardin d'Éden, à la Réunion.
De son nom botanique Cannabis sativa, le cannabis (chanvre) est une plante dont l'utilisation remonte à 5000 ans environ. Originaire de l'Himalaya, il s'est par la suite répandu dans toutes les régions du globe.

Il répond à l'appelation de "marijuana" ou "ganja" en Amérique, où l'on consomme ses feuilles séchées qui renferment un taux élevé en THC; au Maroc le nom de "haschich" désigne la résine pure issue du chanvre femelle, préparée en pâte; et le "kif" représente la poudre de pollen extraite de la plante par abattage.

Le cannabis qui est connu pour être la plus douce des drogues, rassemble près de 160 millions de consommateurs à travers le monde, et le Maroc détient la première place mondiale avec une production annuelle de 2300 tonnes.

Le cannabis est constitué de plus de 400 substances chimiques appartenant à 18 familles chimiques différentes. Lorsqu'il est fumé, plus de 2000 composants sont libérés, et comme pour le tabac, ces produits de combustion sont cancérigènes.


Le système cannabinoïde endogène


Synapse entre deux neurones.
Les cannabinoïdes sont des substances chimiques produites par des glandes spécialisées présentes sur toutes les parties aériennes de la plante. Ce sont aussi des neurotransmetteurs : des messages chimiques permettant la communication entre deux cellules neuronales. Ils sont libérés dans la Synapse (espace inter-neuronal) et se fixent sur les récepteurs cannabinoïdes du neurone suivant.

Les scientifiques ont commencé par remarquer que notre cerveau disposait de récepteurs spécifiques aux cannabinioïdes végétaux du cannabis. Cela voulait tout simplement dire qu'il existe des cannabinoïdes endogènes (endocannabinoides) qui se fixent sur ces récepteurs.  A partir de ce constat les recherches ont permis de révéler tout un système cannabinoïde endogène qui a un rôle primordial au sein de notre cerveau.

Le Delta 9-Tetrahydro-Cannabinol (THC) est la molécule active du cannabis. C'est un cannabinoïde caractérisé par une faible toxicité mais qui est responsable des effets psychotropes – lesquels sont recherchés par les consommateurs récréatifs.
C'est une molécule thermolabile (sensible à la température) – une fraction significative en est détruite lorsque le cannabis est fumé – , et facilement oxydable – elle se décompose rapidement en présence d'humidité et d'oxygène.

Le cannabidiol (CBD) est un cannabinoïde qui constitue 40% des extraits de cannabis et qui ne présente pas de propriétés psychotropes.

Le système cannabinoïde endogène est constitué de deux types de récepteurs, CB-1 et CB-2, chacun fixe différents cannabinoides.
Le THC se fixe essentiellement sur le récepteur central CB-1, lesquels sont concentrés dans le cerveau et le système nerveux central.


Les effets psychotropes


La THC, en activant les récepteurs CB-1,est responsable de la sensation d'euphorie, de dissipation de la douleur et de l'angoisse, de la sensibilité affûtée aux sons et aux couleurs, de l'amoindrissement de la mémoire des événements récents, de la perception des mouvements au ralenti, et de la stimulation de l'appétit.


Mais quelle est donc la différence entre les endocannabinoïdes  et les cannabinoides végétaux?


La différence réside dans leur quantité et la localisation de leur stimulation.
Le produit naturellement présent dans l'organisme qui se fixe sur les récepteurs CB-1 et CB-2 est principalement l'anandamide.
Mais la quantité de THC présente dans le cannabis est sans commune mesure avec les petites quantités d'anadamide. Alors que ces dernières agissent sur des récepteurs limités, la prise de cannabis est comparable à une invasion, elle provoque la stimulation de tous les récepteurs cannabinoïdes du cerveau et de l'organisme.


Existe-t-il un risque de dépendance?


Le risque d'addiction lié à la prise de cannabis dépend du type du consommateur. Pour les consommateurs réguliers on distingue 3 sous-groupes:

  • Les consommateurs indépendants, qui consomment seuls et le plus souvent pour se détendre après une dure journée de travail.
  • Les usagers du temps libre, qui consomment fréquemment, lors des fêtes, et sont souvent accompagnés.
  • Les consommateurs chroniques et de longue durée, ils sont plus jeunes, ont débuté à un âge précoce, et le taux de dépendance dans ce sous-groupe et le plus élevé puisqu'il atteint 28% .

Il est nécessaire de distinguer entre dépendance physique et dépendance psychique.

A part pour les consommateurs chroniques, il n'existe aucune dépendance physique liée à la consommation du cannabis – aucune apparition de symptômes physiques due à l'arrêt de la consommation.

La dépendance psychique concerne 1 à 2% des consommateurs de cannabis.


Le cannabis est de ce fait considéré comme non addictogène, puisque la plupart des adolescents qui le consomment s'en détournent naturellement après leurs 20 ans ou au début de leur vie d'adulte. La dépendance psychique ne concerne que 1 à 2% de l'ensemble des consommateurs du cannabis, la minorité la plus vulénrable, qui a déjà connu des antécédents de problèmes psychiques.

Néanmoins de hautes doses pourraient probablement causer une dépendance psychologique.
Le cannabis stimule l'émission  de dopamine (hormone responsable de la sensation du plaisir) et il stimule également l'activation de ses récepteurs dans le noyau accumbens, ce qui provoque l’appétence pour la drogue.


Renferme-t-il des vertus thérapeutiques?


Il a été cliniquement prouvé que quelques troubles ou maladies courantes, telles que l'épilepsie, alcoolisme, syndrome de stress post-traumatique, l'obésité sont liés à des déréglements du système endocannabinoïde. Ces patients devraient bénéficier des dérivés du cannabis.
Les effets psychotropes de la THC qui  pourraient s'avérer génants  pour un patient sont neutralisés par la CBD, ce qui lui permet de bénéficier sereinement des vertus du cannabis médical.

La schizophrénie
On a accusé à tort le cannabis d'être à l'origine de la schizophrénie.
Mais le tableau schizophrénique et celui de la dépendance au cannabis démontrent que les troubles psychotiques sont bien antécédents à la prise de cannabis. Ce dernier ne joue que le rôle d'amplificateur avec ces effets psychotropes.

La question est la suivante: qu'est-ce qui lie les schizophrènes  au cannabis?
Le cannabis a un effet pharmacologique prouvé, il fait recouvrer les sensations de plaisir dont sont déficitaires les schizophrènes.

Des études récentes ont montré que le cannabidiol est aussi efficace que les anti-psychotiques atypiques dans le traitement de la schizophrénie

La douleur
L'investissement dans la recherche cannabinoïde permettrait de traiter la douleur. Il s'avère efficace pour traiter les douleurs neuropathiques chroniques (douleurs dues à des  lésions au niveau des nerfs).

L'obésité ou la perte d'appétit
les cannabinoïdes peuvent agir sur l'hypothalamus, région du cerveau qui régule l'appétit et rendre ainsi son équlibre au système endocannabinoïde.

Il pourrait agir tout aussi bien sur la perte d'appétit et les nausées qui s'ensuit de la chimiothérapie que sur l'obésité.


Le cannabis nous dévoile jour après jour la face cachée de ses surprenantes propriétés. La recherche en ce domaine ne cesse de prouver le rôle primordiale que joue le système endocannabinoïde dans notre cerveau et lie plusieurs des troubles et maladies dont nous souffrons au dérèglement de ce système. Le remède est à notre portée. Si les intérêts politiques ne s'y opposent pas, les chercheurs parviendront à s'immerger corps et âmes dans cette quête prometteuse, renforcé dans leur conviction par l'énorme potentiel du cannabis.




Sources:
Lien1Lien2 ; Lien3 ; Lien4

Images:
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Les insecticides seraient liés à des troubles comportementaux chez les enfants



Une étude québécoise met en évidence l'effet sur la santé des pyréthrinoïdes, composants des insecticides.

Les insecticides pour maison ont très peu été étudiés, et encore moins leurs effets sur les enfants.


Les insecticides ont pris une place des plus banales au sein de nos foyers, ayant su se garder durant toutes ces années à l'abri des suspicions.On en oublierai presque que ce ne sont rien de moins qu'une classe de pesticides, mais au lieu d'avoir comme champ d'application les ravageurs, qu'ils soient des plantes, des animaux ou des insectes, les insecticides ciblent exclusivement les insectes, parvenant à les tuer en interférant avec leur système nerveux. Mais connaissons nous vraiment l'effet que peuvent avoir ces insecticides sur la santé humaine?

Des chercheurs québécois ont analysé les urines de 779 enfants canadiens âgés entre 6 à 11 ans. Ils ont par la suite relevé auprès des parents des informations complémentaires sur le comportement de leurs enfants.

Les résultats ont révélé que dans 97% des cas, on retrouve les produits de dégradation des pyréthrinoïdes dans les urines, sous forme de Cis-DDCA ou de Trans-DCCA.

Les Cis-DDCA sont responsables d'hyperactivité et de problèmes d'inattention chez les enfants, lorsque détectés à des doses 10 fois supérieures à la normale.
Les Trans-DCCA retrouvés dans les urines ont été quant à eux associés à d'autres troubles comportementaux dans cette étude, mais ces résultats ont été considérés comme non significatifs, ce qui veut dire  que la coïncidence des résultats entre les taux de Trans-DCCA dans les urines et les troubles comportementaux rapportés par les parents ne sont probablement dues qu'à la chance.

Les insecticides qui étaient il y a quelques années tous issus des pesticides organophosphorés, se sont vus retirés progressivement du marché en raison des préoccupations concernant la santé des enfants.
Les pyréthrinoïdes étant synthétisés à partir d'un composant naturel de la fleur de Chrysanthème, ils ont suscité moins de suspicions et ont de ce fait peu à peu remplacé les organophosphorés.

Or voici une étude qui jette le doute sur leur innocuité vis-à-vis de la santé humaine.
"Les enfants sont plus exposés à la toxicité des pesticides car leur cerveau en développement est plus vulnérable aux substances neurotoxiques, ajouté à cela le fait que les enfants interagissent avec leur environnement d'une manière plus particulière, et ce en portant souvent leurs mains à la bouche et en jouant fréquemment à l'extérieur"
déclare le principal auteur de l'étude.

Les conclusions de cette étude doivent certes être assorties de réserves dues entre autre à l'échantillonnage restreint, néanmoins les auteurs de cette étude espèrent qu'elle puisse servir de base pour d'autres études qui pourront (ou pas) mettre davantage de lumière sur  le potentiel à risque des pyréthrinoïdes.

Sources
www.scientificamerican.com/article.cfm?id=common-insecticides-may-be-linked-to-kids-behavior-problems

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